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 Dans mon exploration de l’histoire des idées depuis une quinzaine d’années, il est difficile de dire si je n’ai fait que reconstruire ce que je souhaitais trouver, en lien avec la situation personnelle évoquée plus haut. J’avais pour point de départ ma propre expérience intellectuelle, soit la contemporanéité de ma foi, et j’ai clairement travaillé dans une démarche de sociohistoire[[fr:glossaire:sociohistoire|*]] profonde, c’est-à-dire dans une démarche régressive, impliquant une certaine //téléologie//[[fr:glossaire:téléologie|*]]. En adoptant un point de vue interactionnel ou schismogénétique[[fr:glossaire:schismogenese|*]], il m’a semblé évident que la civilisation européenne n’avait pu croître qu’en composant avec ce verset, qu’en faisant évoluer le //statu quo// dans la mesure du possible, quitte à ouvrir d’autres dimensions de la pensée. Dans mon exploration de l’histoire des idées depuis une quinzaine d’années, il est difficile de dire si je n’ai fait que reconstruire ce que je souhaitais trouver, en lien avec la situation personnelle évoquée plus haut. J’avais pour point de départ ma propre expérience intellectuelle, soit la contemporanéité de ma foi, et j’ai clairement travaillé dans une démarche de sociohistoire[[fr:glossaire:sociohistoire|*]] profonde, c’est-à-dire dans une démarche régressive, impliquant une certaine //téléologie//[[fr:glossaire:téléologie|*]]. En adoptant un point de vue interactionnel ou schismogénétique[[fr:glossaire:schismogenese|*]], il m’a semblé évident que la civilisation européenne n’avait pu croître qu’en composant avec ce verset, qu’en faisant évoluer le //statu quo// dans la mesure du possible, quitte à ouvrir d’autres dimensions de la pensée.
  
 +{{anchor:goldberg}}
 Il y a d’abord le rôle des juifs dans la phase médiévale (je m’autorise ici de l’ouvrage collectif //[[fr:explorer:auteurs:Sylvie Anne Goldberg|Histoire juive de la France]]//, publié sous la direction de Sylvie Anne Goldberg), qui féconde l’espace culturel européen, encore dénué d’identité propre - on parle alors de //chrétienté latine//.\\ Il y a d’abord le rôle des juifs dans la phase médiévale (je m’autorise ici de l’ouvrage collectif //[[fr:explorer:auteurs:Sylvie Anne Goldberg|Histoire juive de la France]]//, publié sous la direction de Sylvie Anne Goldberg), qui féconde l’espace culturel européen, encore dénué d’identité propre - on parle alors de //chrétienté latine//.\\
 Initialement, les juifs sont indispensables à la chrétienté, encore une fois pour des raisons linguistiques : la maîtrise des sources hébraïques de l’Ancien Testament. Mais ce lien de dépendance s’atténue progressivement : le développement intellectuel de l’Islam[[fr:glossaire:islam|*]] profite très logiquement à la chrétienté, lui procure les outils d’un accès autonome à ces textes.\\ Initialement, les juifs sont indispensables à la chrétienté, encore une fois pour des raisons linguistiques : la maîtrise des sources hébraïques de l’Ancien Testament. Mais ce lien de dépendance s’atténue progressivement : le développement intellectuel de l’Islam[[fr:glossaire:islam|*]] profite très logiquement à la chrétienté, lui procure les outils d’un accès autonome à ces textes.\\
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 Mais cet aveuglement n’est pas l’apanage du christianisme, dès lors que d’autres peuples se saisissent des mêmes outils ! C’est l’erreur du courant dit « décolonial »[[fr:glossaire:decolonial|*]], qui assigne Descartes à la chrétienté ou à la « blanchitude » - tout comme les idéologies auxquelles il prétend s’opposer, colonialistes et fascistes, qui confondaient aussi réussite matérielle et élection divine. L’articulation est beaucoup plus complexe en réalité : toute cette histoire se déroule dans le giron de la matrice monothéiste[[fr:glossaire:matrice_monotheiste|*]], et toutes les communautés en sont partie prenante. De cette évolution, délocalisée par nature entre différentes communautés, aucune religion n’a pu garder la mémoire vivante en elle-même, dans le secret de sa propre langue, dans le face-à-face avec son propre livre. De sorte qu’aucune ne dispose d’une immunité statutaire - contrairement à ce que pensaient peut-être les réformateurs - surtout arabes - dans l’élan des refondations nationales ou panislamistes. Les sociétés arabes en ont bien pris conscience, dans le moment 2011 et ses retombées ultérieures. Mais certains musulmans diplômés[[fr:glossaire:musulman_diplome|*]] veulent continuer d’y croire, par cette pensée critique « décoloniale » qui tombe à contre-temps. Mais cet aveuglement n’est pas l’apanage du christianisme, dès lors que d’autres peuples se saisissent des mêmes outils ! C’est l’erreur du courant dit « décolonial »[[fr:glossaire:decolonial|*]], qui assigne Descartes à la chrétienté ou à la « blanchitude » - tout comme les idéologies auxquelles il prétend s’opposer, colonialistes et fascistes, qui confondaient aussi réussite matérielle et élection divine. L’articulation est beaucoup plus complexe en réalité : toute cette histoire se déroule dans le giron de la matrice monothéiste[[fr:glossaire:matrice_monotheiste|*]], et toutes les communautés en sont partie prenante. De cette évolution, délocalisée par nature entre différentes communautés, aucune religion n’a pu garder la mémoire vivante en elle-même, dans le secret de sa propre langue, dans le face-à-face avec son propre livre. De sorte qu’aucune ne dispose d’une immunité statutaire - contrairement à ce que pensaient peut-être les réformateurs - surtout arabes - dans l’élan des refondations nationales ou panislamistes. Les sociétés arabes en ont bien pris conscience, dans le moment 2011 et ses retombées ultérieures. Mais certains musulmans diplômés[[fr:glossaire:musulman_diplome|*]] veulent continuer d’y croire, par cette pensée critique « décoloniale » qui tombe à contre-temps.
  
-On suspecte la société israélienne d’être embarquée dans une dérive fasciste - que le sionisme aurait pris 1967 comme le signe de son élection, etc.. Mais ces diagnostiques sont généralement formulés depuis une science sociale matérialiste, qui n’a simplement pas conscience de la matrice monothéiste, et qui ne perçoit pas la contrainte que le verrouillage idéologique des diplômés musulmans fait peser sur l’ensemble, via une sphère universitaire globalisée. On laisse les éditorialistes se vautrer dans la dénonciation du « frérisme », parce que l’appareil universitaire est incapable de diagnostiquer le problème en lui-même, et parce que la conscience intellectuelle musulmane surtout démissionne. 
  
 +====== Conclusion : Vers une éthique intellectuelle différenciée ======
  
-{{anchor:3postures}} +(Reprise de la **configuration cognitive** initiale)\\ 
-====== Conclusion : une éthique intellectuelle différenciée ====== +Les trois postures possibles, face à toute proposition monothéiste :\\ 
- +<wrap lo>(cf [[fr:modele:matrice:sociologie|La sociologie est un monothéisme]])</wrap>.
-===== Configuration cognitive (reprise) ===== +
- +
-Considérons la sociologie comme une secte monothéiste, une version dégradée du monothéisme originel (nul besoin de préciser lequel).\\ +
-Comme toujours dans l’histoire monothéiste, trois postures sont alors possibles :\\+
   * <wrap hurma>l’adhésion aveugle ;</wrap>   * <wrap hurma>l’adhésion aveugle ;</wrap>
   * <wrap nif>l’adhésion consciente ;</wrap>   * <wrap nif>l’adhésion consciente ;</wrap>
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-Dans l’histoire intellectuelle de l’Europe, le rôle du judaïsme est bien celui d’une <wrap nif>adhésion consciente</wrap>, accompagnant la différenciation progressive de la chrétienté latine //du sein// d’un ensemble monothéiste médiéval dominé par l’Islam[[fr:glossaire:islam|*]]. S’il existe un « antisémitisme musulman », il est lié à la conscience historique de cette phase précoce (évoquée ci-dessus). Bien entendu dans les stades ultérieurs, les rôles se complexifient. +Selon moi, une réponse théorique pertinente serait de rappeler la science du Social à sa dimension monothéiste anthropologiquement. Rappeler son inscription dans la matrice monothéiste, cet ensemble organiquement structuré, et donc reconsidérer l’isotropie[[fr:glossaire:isotropie|*]] de l’espace social postulée jusque là (invariance vis-à-vis de la direction dans cette matrice). Renégocier les règles de la neutralité laïque, et rompre avec l’habitude de renvoyer dos-à-dos « les extrémistes de tous bords », cette symétrie stérile et purement rhétorique, où les « humanistes » se cantonnent depuis plus de vingt ans ([[fr:valoriser:societe:effet_villepin|effet Villepin]]).
- +
-Ce que les musulmans diplômés[[fr:glossaire:musulman_diplome|*]] essaient aujourd’hui de faire, dans le rapport à l’institution sociologique, relève souvent de <wrap nif>l’adhésion consciente</wrap> : peser de l’intérieur sur l’institution, tout en maintenant le contact avec leurs écritures bibliques (le Coran en l’occurrence), mais sans jamais articuler l’un et l’autre - sans jamais prendre conscience de l’avantage systémique que leur procure cet ancrage, dans une institution amnésique de sa propre filiation monothéiste, et sans jamais formuler la responsabilité associée. D’où l’alignement sur les règles du jeu intersectionnelles[[fr:glossaire:intersectionnalite|*]], dans l’écrasante majorité des contributions musulmanes critiques, qui électrise le débat public actuel. +
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-Il y a urgence à développer une critique //réflexive//[[fr:glossaire:reflexivite|*]] des contributions musulmanes à l’intellectualité collective, qui soit explicitement articulée aux ressources propres de la foi. À mon avis, la réflexion gagnera à prendre appui sur ce paradoxe stimulant : **les musulmans diplômés se comportent comme des juifs** - au sens où ils adoptent la position épistémique qui a été celle du judaïsme dans l’histoire précoce de l’Occident. Et ce paradoxe verrouille les débats actuels : sur [[Gaza]] évidemment, mais en fait le quiproquo est structurel depuis la césure de 2011, il y a presque une quinzaine d’années. +
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-Voilà mon diagnostique, vers lequel je tâtonne depuis de nombreuses années - mais j’aimerais le systématiser ici sous forme de ce petit modèle, qui relèvera moins des sciences sociales que des sciences religieuses. Face à un dogme quel qu’il soit, à prétention monothéiste, qu’est-ce qu’une //<wrap hurma>adhésion aveugle</wrap>//, qu’est-ce qu’une //<wrap nif>adhésion consciente</wrap>// ? Et qu’est-ce que cette <wrap alsqr>composition sans adhésion</wrap>, qu’il nous revient de développer en tant que musulmans diplômés ?\\ +
-Composer avec les sciences sociales sans pour autant y adhérer, qu’est-ce que cela veut dire ? Tout mon site parle de ça en fait : //c'est l'histoire d'un jeune étudiant en physique, après le 11 septembre, qui décide de se reconvertir aux sciences sociales…// +
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-===== Un social anisotrope ===== +
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-Selon moi, une réponse théorique pertinente serait de rappeler la [[sociologie|science du Social]] à sa dimension monothéiste anthropologiquement. Rappeler son inscription dans la matrice monothéiste, cet ensemble organiquement structuré, et donc reconsidérer l’isotropie[[fr:glossaire:isotropie|*]] de l’espace social postulée jusque là (invariance vis-à-vis de la direction dans cette matrice). Renégocier les règles de la neutralité laïque, et rompre avec l’habitude de renvoyer dos-à-dos « les extrémistes de tous bords », cette symétrie stérile et purement rhétorique, où les « humanistes » se cantonnent depuis plus de vingt ans ([[fr:valoriser:societe:effet_villepin|effet Villepin]]).+
  
 Mais l’initiative ne peut venir que de l’islam, c’est ce qu’il faut bien comprendre. Précisément du fait de cette anisotropie, seuls les musulmans peuvent regarder leur responsabilité en face. Les autres en sont incapables, ils en seront toujours incapables : leur rancœur visant les musulmans sera toujours maladroite et « islamophobe ». Mais l’initiative ne peut venir que de l’islam, c’est ce qu’il faut bien comprendre. Précisément du fait de cette anisotropie, seuls les musulmans peuvent regarder leur responsabilité en face. Les autres en sont incapables, ils en seront toujours incapables : leur rancœur visant les musulmans sera toujours maladroite et « islamophobe ».
fr/modele/matrice/fatiha.1726135758.txt.gz · Dernière modification : 2024/09/12 12:09 de mansour

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