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fr:theologie:coran:019:064

19:64-65 L’Ange et l’Histoire

Tiré de sourate n°19 Marie  مريم (mecquoise, 98 versets).

« Nous ne descendons [dit l’ange Gabriel] que sur ordre de ton Seigneur. À Lui ce qui est entre nos mains (= notre passé), ce qui est derrière nous (= notre futur), comme ce qui est entre les deux (= notre présent). Et ton Seigneur n’oublie pas. Il est maître des cieux, de la terre, et dans leur intervalle de tout ce qui est. Adore-Le donc, sois patient pour L’adorer, car Lui connais-tu un autre nom? »

La Révélation est une pédagogie de l'adoration, en dialogue permanent avec les situations vécues. Gabriel énonce ici sa propre condition épistémique, comme modèle pour le Prophèteﷺ et les croyants. Car c’est ainsi qu’au VIIe siècle, les Arabes se représentaient le temps - comme l’Ange de l’Histoire, décrit en 1940 par Walter Benjamin :

« Son visage est tourné vers le passé. Là où nous apparaît une chaîne d’événements, il ne voit, lui, qu’une seule et unique catastrophe, qui sans cesse amoncelle ruines sur ruines et les précipite à ses pieds. Il voudrait bien s’attarder, réveiller les morts et rassembler ce qui a été démembré. Mais du paradis souffle une tempête qui s’est prise dans ses ailes, si violemment que l’ange ne peut plus les refermer. Cette tempête le pousse irrésistiblement vers l’avenir auquel il tourne le dos, tandis que le monceau de ruines devant lui s’élève jusqu’au ciel. Cette tempête est ce que nous appelons le progrès. »

À l’heure où la civilisation cybernétique nous tend les bras, nous offre l’amnésie omnisciente de l’IA pour toute perspective, comment se remettre aux prises avec le Texte ? Un peu d'épistémologie paraît indispensable, pour nous dessaisir des pièges du dualisme*. Car incorporer le Texte en tant que parole divine, c’est apprendre à ne pas choisir entre le sujet et l’objet, entre le nom et la chose nommée. Il faut soustraire le Texte à cette danse de l’indigène et de l’informateur, qui caractérise si profondément notre temps. Nous n’y parviendrons pas sans une discipline intellectuelle minimale, que l’on acquiert dans la complexité vécue.

Je ne crois pas qu’il faille compter sur l’anthropologie pour sauver le monde, ni même sur les sciences sociales, qu’elles soient « symétriques », « décoloniales » ou « écosystémiques ». Je crois par contre que notre monde se portera mieux quand les musulmans diplômés du Nord, au lieu de se cacher derrière l’« anthropologie de l’islam »*, décideront de quelle anthropologie ils ont besoin eux, en tant que musulmans.

Une anthropologie que les musulmans développeraient pour eux-mêmes, n’aurait aucun mal à voir le rapport entre mon geste d’octobre 2003 (passage à l’acte sexuel), mon geste de septembre 2007 (conversion au retrait), et le geste que je tente de définir aujourd’hui (méthodo coranique). Il s’agit chaque fois d’un dernier recours, pour rester aux prises avec une situation : (1) un « terrain » dont la réalité se dérobe, où se joue pourtant ma reconversion aux sciences sociales ; (2) une thèse qu’il va falloir rédiger, mais dont l’interlocuteur principal vient de partir en prison ; (3) un site internet enfin, pour penser Taez et la France dans un même monde. Des stratégies pour sauver le Texte de la vulgarité.
Mais cette anthropologie n’intéresse pas les musulmans diplômés*, qui veulent se croire statutairement aux prises avec le Texte, comme par un corollaire de leur diplôme. C’est là une injustice singulière, dont les diplômés se rendent coupables envers leur époque, qui leur sera décomptée au Jour Dernier (islam muflis).

(Rédigé comme conclusion à mon texte : L’échec d’une thèse en question)

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fr/theologie/coran/019/064.txt · Dernière modification : 2025/03/25 13:01 de mansour

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