La comparaison chez Bateson
20 mars 2025. Je reproduis ci-dessous la conclusion du troisième chapitre de La Nature et la Pensée (pp. 93-95), qui fait fortement écho avec la Méthodologie coranique vers laquelle je tâtonne.
La question : « Qu'est-ce que j'essaie de découvrir? » peut recevoir une réponse, contrairement à ce que les mystiques pourraient nous porter à croire. À travers la manière dont la recherche est menée, on peut lire quel type de découverte le chercheur peut atteindre par son chemin; et, à partir de là, soupçonner que la découverte est ce que le chercheur désire secrètement, inconsciemment.
Ce chapitre a défini et illustré la manière d’une recherche, de sorte que le moment est venu de poser deux questions : « De quoi suis-je en quête? » « À quelles questions m'ont conduit cinquante années de science? »
Le chapitre s'intitule : Versions multiples du monde, et se compose des sections suivantes :
- 1. Le cas de la différence 74
- 2. Le cas de la vision binoculaire 75
- 3. Le cas de la planète Pluton 77
- 4. Le cas de la sommation synaptique 78
- 5. Le cas du poignard imaginaire 79
- 6. Le cas des langages synonymes 79
- 7. Le cas des deux sexes 84
- 8. Le cas des phénomènes de battement et de moiré 86
- 9. Le cas de la « description », de la « tautologie » et de l' « explication » 87
La manière de ma recherche est claire pour moi : elle pourrait s'appeler méthode de comparaison double ou multiple.
Prenons le cas de la vision binoculaire. J'ai comparé ce qu'on pouvait voir avec un œil et ce qu'on pouvait voir avec les deux yeux, et j'ai noté qu'à comparer ainsi ces deux types de vision, la vision avec deux yeux révélait une dimension supplémentaire appelée profondeur. Mais la vision binoculaire est déjà elle-même acte de comparaison. En d'autres termes, ce chapitre n'est qu'une série d'études comparatives de la méthode comparative. La section n° 2, consacrée à la vision binoculaire, comportait une telle étude comparative d'une méthode de comparaison, et la section n° 3 comprenait, à propos de la découverte de Pluton, une autre étude comparative de la méthode comparative. Ainsi, le chapitre tout entier, qui mettait ces éléments en regard, était construit comme un assortiment d'exemples, qui invitait le lecteur à les comparer entre eux pour accéder à une compréhension éclairante.
Enfin, toute cette comparaison de comparaisons a été édifiée pour préparer l'auteur et le lecteur à réfléchir sur les problèmes de l'Esprit Naturel [la Mentalité* de la nature (natural mind)]. Là encore, nous rencontrerons des comparaisons créatives. La thèse platonicienne du livre est que l'épistémologie* est une métascience indivisible, intégrée, qui a pour objet le monde de l'évolution, de la pensée, de l'adaptation, de l'embryologie et de la génétique - la science de l'« esprit » au sens le plus large du terme1).
La comparaison de ces phénomènes (celle de la pensée avec l'évolution et de l'épigenèse avec celle-ci et celle-là) est la manière de la recherche pratiquée dans cette science appelée « épistémologie ».
Ou bien, dans la langue de ce chapitre, on peut dire que l'épistémologie est le bénéfice, le « surcroît » qu'on retire de la combinaison des apports de chacune de ces sciences génétiques. [epistemology is the bonus from combining insights from all these separate genetic sciences.]
Pourtant, l'épistémologie sera toujours et immanquablement personnelle. L'extrémité de la sonde est toujours située dans le cœur de l'explorateur : quelle est ma réponse à la question de la nature du savoir? Je cède, pour ma part, à la croyance que mon savoir est une petite partie d'un plus vaste savoir intégré qui tisse la toile de la biosphère tout entière, la toile de la création.
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